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Intempéries en Europe : ce que prévoyait (déjà) le premier rapport du GIEC de 1990

Rapporte L’Express.

16 juillet 2021, Rhénanie du Nord-Westphalie, Gemünd : une voiture noyée sous les eaux. La situation des inondations dans certaines parties de la Rhénanie du Nord-Westphalie reste très tendue.

Alors que des pluies extrêmement abondantes prennent le vieux continent de court, les experts du GIEC tirent la sonnette d’alarme depuis trente ans.

publié le , mis à jour à 

Lunettes rectangulaires et costume couleur crème, Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie à l’Université catholique de Louvain, invité jeudi sur le plateau de la RTBF, lit le premier rapport du GIEC publié en 1990. « L’effet de serre accentuera les deux extrêmes du cycle hydrologique, c’est-à-dire qu’il y aura plus d’épisodes de pluies extrêmement abondantes et plus de sécheresses prononcées. » Trente ans plus tard, ces prévisions semblent se réaliser. Vendredi, le bilan des intempéries dévastatrices en Europe a passé samedi la barre des 150 morts, la plupart en Allemagne, où les secours continuent à rechercher de nombreuses personnes portées disparues.

« On ne peut pas dire que nous n’avons pas été avertis », soupire le climatologue à la télévision belge. Depuis les années 90, le GIEC alerte sur les dangers liés au réchauffement climatique risquant d’entraîner une alternance d’épisodes de chaleurs intenses avec des épisodes de très fortes précipitations. « Certaines des conséquences de l’évolution du climat, l’élévation du niveau de la mer par exemple, se manifesteront lentement, mais de façon continue, tandis que d’autres, telles que le déplacement des zones climatiques – qui affectera la fréquence de certaines conditions comme les crues, les inondations, les sécheresses et les perturbations violentes – pourraient être tout à fait imprévisibles », estimait le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat il y a 31 ans.

« Mais c’est surtout dans le troisième rapport du groupe d’experts mandaté par l’ONU – en 2001 – qu’il est prévu une intensification des événements extrêmes », complète Jean Jouzel, climatologue, ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC et membre de l’Académie des sciences, contacté par L’Express. Malgré les alertes de la communauté scientifique, les autorités ferment les yeux devant les rapports du GIEC. Outre-Rhin, ces intempéries sont la pire catastrophe naturelle dans ce pays depuis la Seconde Guerre mondiale. De nombreux villages de l’ouest de l’Allemagne présentent une image de désolation. Dans cette vaste zone affectée par les inondations subites causées par des pluies diluviennes, le nombre de victimes a augmenté à au moins 103 morts, selon les autorités locales.

En 1990, le GIEC atteste d’une augmentation de 3 °C

« Ce que nous vivons aujourd’hui avait été anticipé. Le fait que les modèles climatiques aient correctement envisagé l’évolution du climat doit nous inciter à les prendre au sérieux », continue Jean Jouzel. En Allemagne et en Belgique, les intempéries ont été provoquées par une masse d’air froid qui se fixe au-dessus d’une zone géographique précise. Le chercheur belge François Gemenne, membre du GIEC et originaire de Liège, fortement touchée par les inondations expliquait dans L’Express : « Il faut d’abord comprendre que le réchauffement climatique amplifie l’intensité des phénomènes existant. » En d’autres termes, si l’on ne réduit pas nos émissions de CO2, il fera plus chaud et le climat sera de plus en plus déréglé.

« Ce dont on était certains dans le premier rapport du GIEC, c’est que si on continuait à émettre des gaz à effet de serre, les températures augmenteraient au cours du XXIe siècle », reprend Jean Jouzel. Déjà, en 1990, le GIEC prévoyait une hausse maximale de 3°C de la température moyenne du globe à la fin du XXIe siècle. Ces estimations ne cesseront d’augmenter au fil des années. Le deuxième rapport du GIEC atteste d’une augmentation de 3,5°C, puis 3,6 °C en 2001 avant une prévision maximale à 4 °C en 2007. Par ailleurs, les premiers travaux du groupe scientifique établissaient aussi « les émissions dues aux activités humaines accroissent sensiblement la concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, chlorofluorocarbones (CFC) et oxyde nitreux ».

Mais à l’époque, le GIEC n’a pas encore les moyens d’affirmer fermement le lien entre les activités humaines et le réchauffement climatique. Si ces travaux ont émergé à une période où l’on parlait encore trop peu du réchauffement climatique, ils ont tout de même permis à l’Assemblée générale des Nations Unies d’élaborer une Convention-cadre sur les changements climatiques (CCNUCC), mise au point en mai 1992, qui a reconnu l’existence du changement climatique d’origine humaine. « Il aurait fallu prendre au sérieux le diagnostic des scientifiques. Notre problème, c’est qu’il y a un décalage entre les causes du réchauffement climatique et les conséquences. J’aimerais bien que les projections de la communauté scientifique faites pour 2050 soient prises au sérieux », conclut Jean Jouzel.

En espérant qu’on pourra changer les choses pour 2050 ! 😦

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