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John Williams, le copieur magnifique ?

Plagiat ? Hommage ?

C3PO-john-williams-star-warsComment la bande originale de « Star Wars » s’est inspirée de la musique romantique

02 décembre 2014, par Joffrey Ricome

Un article des blogs du Monde.fr :

A l’occasion de la rediffusion, mardi 2 décembre sur W9, de L’Empire contre-attaque, rendons hommage à John Williams, le mythique compositeur de la saga Star Wars,de George Lucas.

“La première fois que j’ai vu Star Wars sur écran, la bande originale comportait encore le Boléro de Ravel.” C’est comme ça qu’Anthony Daniels, qui interprète C3PO à l’écran, se rappelle de la première projection privée du premier épisode de Star Wars.

Pendant de longues années, George Lucas désirait en effet mettre en musique son film avec des extraits de musique classique, comme l’avait fait Stanley Kubrick auparavant dans 2001, l’odyssée de l’espace.

Quand il décide plutôt de se pencher vers de la musique originale,

c’est son ami de longue date, Steven Spielberg, qui lui conseille d’engager John Williams, après sa partition très réussie des Dents de la mer.

L’influence de Wagner

En écrivant une musique d’une richesse orchestrale et harmonique directement inspirée de la musique romantique du XIXe siècle, Williams remet au goût du jour les effectifs d’orchestre imposants alliés à une musique élégante et détaillée.

L’idée majeure de Williams et Lucas a été de reprendre la technique du leitmotiv, popularisée par Wagner dans sa tétralogie de L’Anneau du Nibelung. Il s’agit d’écrire un thème récurrent qui caractérise un personnage ou un état et qui intervient tout au long de l’œuvre afin de se remémorer ce dernier.

Dans Star Wars, les personnages importants comme Luke, Yoda, la princesse Leia ou même la Force possèdent tous leur propre thème :

La fameuse marche caractérisant Darth Vader n’est elle apparue que dans L’Empire contre-attaque. Le premier thème ayant été écrit sur Un nouvel espoir étant peu convaincant, Williams décida de le réécrire entièrement pour devenir le classique que l’on connaît.

Voici la première version (à 2 min 14):

Et celle que l’on connaît bien :

[… L’intégralité sur le site …]

 

Une inspiration liée au romantisme

Il convient tout d’abord de faire un aparté sur la différence entre plagiat et emprunt. Beaucoup ont tendance à crier un peu facilement à la copie en entendant deux mélodies, orchestrations ou successions harmoniques semblables.

Cependant, le procédé d’emprunt existe depuis les chants grégoriens, qui partaient d’une même base pour prendre leur envol ensuite. De même, lors de la période classique, il était coutumier de prendre un thème connu et d’en écrire des variations. On peut citer les variations faites par Beethoven sur Les Noces de Figaro de Mozart.

La tradition a toujours perduré. Quand Debussy, dans Pelléas et Mélisande, cite ouvertement Wagner et son Tristan et Isolde lors des interludes, il s’agit avant tout d’un hommage, surtout qu’il modifie assez le matériel pour lui donner un autre sens.

Et c’est en cela qu’il faut différencier l’emprunt du plagiat. L’un utilisera l’existant en tant que tremplin afin d’apporter de nouvelles idées ou pour lui faire dire quelque chose de nouveau (un peu comme la tradition du sample dans le domaine du hip hop et de la musique électronique). L’autre ne fera que copier sans inventivité.

Mais revenons à John Williams.

Le premier Star Wars avait été monté entièrement avec des extraits de musique classique, un procédé courant afin de donner un rythme à la scène et d’en faciliter le montage. Si beaucoup de compositeurs de musique de films ont cependant du mal à se défaire de ces musiques temporaires, John Williams va l’utiliser afin d’amener des idées totalement nouvelles à partir d’emprunts.

Commençons par le thème principal. Celui-ci possède deux inspirations majeures. La première mesure provient sans conteste de la musique du film Crimes sans châtiment écrite par Erich Wolfgang Korngold en 1942. L’orchestration et les premières notes du thèmes sont à l’identique. Cependant, dès cette mesure passée, Williams va s’éloigner de ce thème (en montant le do à l’octave ici) et apporter sa personnalité ensuite au morceau.

Thème de Star Wars

 

Thème de Crimes sans châtiment

 

Cependant, là où cela devient intéressant, c’est qu’il emprunte aussi à l’intermezzo de Manon Lescaut, de Giacomo Puccini (1892), qui partage aussi le même thème mais orchestré différemment à grand renfort de bois (à 3 min 20 dans l’exemple ci-dessous).

 

Il est fort à parier que la musique de Korngold lui a rappelé le fameux opéra italien et qu’il a utilisé le meilleur des deux.

Dans le même genre de tremplin, nous pouvons citer aussi la première arrivée de Darth Vader dans Un nouvel espoir. L’ostinato rythmique à base de cordes et timbales au début est basé sur le même motif que Mars, de Gustav Holst. Williams change ensuite totalement les harmonies derrière. A noter que ce même morceau avait été utilisé par Hans Zimmer de façon bien plus prononcée dans Gladiator, au point que la fondation Holst intenta un procès au compositeur.

Un autre passage de Mars a été utilisé par Williams, mais ici de façon plus outrancière pour la destruction de l’Etoile noire.

 

De la même façon, l’arrivée de C3PO et R2D2 sur Tatooine est accompagnée d’une musique dont l’introduction est l’exacte réplique du début du second tableau du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky. Plus tard, un motif de Cercles mystérieux des adolescentes tiré du même ballet sera utilisé pour les Jawas.

On peut cependant voir que les deux morceaux divergent totalement par la suite et qu’ils n’expriment pas du tout les mêmes émotions, ce qui est caractéristique de l’emprunt.

Les exemples affluent. On pourra par exemple noter que la fanfare du Hall du trône s’inspire de l’orchestration de la Marche nuptiale de Felix Mendelssohn. Et même si le thème final d’Un nouvel espoir ferait bon effet dans un mariage, il ne porte pas du tout le même propos que le fameux hymne.

La liste est longue. On peut clairement voir aussi des cadences modales dans les morceaux Tales of a Jedi Knight ou encore la Marche impériale directement inspirés de la première scène du Lac des cygnes de Piotr Illitch Tchaïkovski.

Il s’agit encore ici d’éléments furtifs mais purement caractéristiques de la musique romantique et impressionniste. Il est ainsi amusant de voir que le regain d’intérêt pour la musique classique au cinéma et pour le grand public s’est effectué au travers d’un space opera dans une galaxie lointaine, très lointaine…

@JoffreyHicks

Alors, copieur ou rendant hommage ce John Williams ?

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