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Séné et salade, C’est synagogue !

Quelle salade !

Rhubarbe et saladeUn article du blog « Le Monde.fr » :

L’expression employée par Nicolas Sarkozy sur le plateau du journal télévisé de France 2, lundi 7 au soir, suite au premier tour des élections régionales, n’est pas passée inaperçue. Au lendemain du premier tour des élections régionales, le président des Républicains a justifié la stratégie de son parti pour l’entre-deux tours – « ni fusion ni retrait » – en ces termes :

« Il n’y a pas d’accord » entre Les Républicains et les socialistes, « il n’y aura pas de combines » car « ce n’est pas comme ça que ça se passe, ‘passe-moi la salade, je t’envoie la rhubarbe' ».

Aussitôt prononcée, la petite phrase a provoqué un déferlement de commentaires sur Twitter, regroupés sous le hashtag #SarkozyCitation

L’Obs s’est amusé à reconstituer l’échange entre l »ex-président et ses conseilleurs en communication ayant accouché de cette formule choc :

« Bon les gars, faut me trouver une expression. – Une expression pour dire quoi ? – Qu’on veut pas d’échange, pas de troc avec les socialos. – Un élément de langage ? – Ouais, c’est ça, un élément de langage. – Il y aurait bien l’histoire de la casse et du séné. – Kezaco ? – Ben… Je vous passe la casse, passez-moi le séné. – Connais pas.- Mais si, c’est dans la Bible, je crois. Vous ne connaissez pas? »

Dans cet échange imaginaire, le président, trouvant la formule peu compréhensible, décide d’en changer les termes (« J’ai tout inventé, je peux bien inventer des proverbes. Je finirai académicien, tu vas voir ! Ta mère ! »). Concrètement, on associe généralement rhubarbe et séné (et non salade), deux plantes purgatives. »Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné » se dit entre deux personnes qui se rendent mutuellement service ou qui se renvoient l’ascenseur. L’expression est notamment utilisée par Georges Brassens dans sa chanson Lèche-Cocu et par Cyrano de Bergerac dans l’œuvre d’Edmond Rostand lors de la tirade du « Non merci ». Détournée, elle colle désormais à la peau de Nicolas Sarkozy.

D’ailleurs, allons faire un tour sur un excellent site, analyseBrassens.com :

EXPLICATIONS DES RÉFÉRENCES, EXPRESSIONS, VOCABULAIRE DES CHANSONS DE GEORGES BRASSENS

Ce site, hommage à ce grand artiste, rend également hommage à ce merveilleux magicien des mots. La preuve avec le titre cité ci-dessus, Lèche-cocu :

LÈCHE-COCU
Lèche-cocu
Jeu de mots sur « cocu » et « lèche-cul » (ou lèche-bottes) = personne qui flatte servilement. Larousse
Comme il chouchoutait les maris,
Qu’il les couvrait de flatteries,
Quand il en pinçait pour leurs femmes,
Qu’il avait des cornes au cul,
On l’appelait Lèche-cocu.
Oyez tous son histoire infâme.
Si l’mari faisait du bateau,
Il lui parlait de tirant d’eau,
De voiles, de mâts de misaine,
De yacht, de brick et de steamer,
Lui, qui souffrait du mal de mer
En passant les ponts de la Seine.
Si l’homme était un peu bigot,
Lui qui sentait fort le fagot,
Sentir le fagot
C’était être soupçonné de sorcellerie, ce qui est arrivé à Jeanne d’Arc qui, comme chacun sait, a fini sur un tas de fagots, c’est à dire un bûcher. L’Église brûlait les sorcièr(e)s. Par extension, sentir le fagot, c’est avoir des opinions de mécréant (c’est à dire de « mauvais croyant ») et, par exemple, mettre en doute l’existence de Dieu.
Le contraire de sentir le fagot possède aussi une image olfactive: « Être en odeur de sainteté ».
Criblait le ciel de patenôtres,
Patenôtres
De Pater Noster, le Notre Père, la première prière des Chrétiens. Par extension, prières marmonnées à n’en plus finir, plus mécaniques que sincères.
Communiait à grand fracas,
Nombre de pieds
GB délie le mot ‘communiait’ en appuyant sur chaque syllabe pour avoir un nombre de pieds correct.
Retirant même en certains cas
L’pain bénit d’la bouche d’un autre.
Pain bénit
Contrairement à ce qu’implique ici GB, le pain bénit n’était pas l’Eucharistie, l’Hostie consacrée par le prêtre et que l’on mange à la communion (« Ceci est mon corps, prenez et mangez » a dit Jésus). C’était du pain (du vrai pain, contrairement à l’hostie qui est cuite sans levain) simplement béni par le prêtre au moment de l’Offertoire et que l’on faisait passer parmi les fidèles. Ce rite a existé jusque dans les années 50.
Retirer le pain de la bouche
Traditionnellement : prendre à quelqu’un son travail, son gagne-pain. GB n’a pas résisté au plaisir d’y ajouter « béni » qui rend l’image cocasse, même si elle n’a plus grand sens.
Si l’homme était sergent de ville,
En sautoir – Mon Dieu, que c’est vil –
En sautoir
Veut dire porter autour du cou très bas. Donc, il portait le ‘flic en peluche’ autour du cou.
Il portait un flic en peluche,
Lui qui, sans ménager sa voix,
Criait : « Mort aux vaches ! » autrefois,
Même atteint de la coqueluche.
Si l’homme était un militant,
Il prenait sa carte à l’instant
Pour bien se mettre dans sa manche,
Carte
D’ordinaire, ce n’est pas une carte de parti politique que le tricheur se met dans la manche, mais un as ou deux (voir Lucky Luke). De plus, « se mettre quelqu’un dans la manche », c’est se débrouiller pour l’avoir à sa botte, à sa disposition. Encore une fois, en vrai virtuose de la métaphore, GB en combine ici au moins trois. Chapeau!
Biffant ses propres graffitis
Graffitis
Il s’agit bien sûr de graffitis politiques. Dans les années 50, les plus répandus étaient US GO HOME et PAIX EN ALGERIE. Le FN d’alors s’appelait JEUNE NATION et la croix celtique (le rond avec une croix) avait déjà cours. Comme on le voit, rien de bien nouveau sur les murs de nos villes.
Du vendredi, le samedi
Ceux du samedi, le dimanche.
Et si l’homme était dans l’armée,
Il entonnait pour le charmer :
« Sambre-et-Meuse  » et tout le folklore,
Sambre-et-Meuse
« Le Régiment de Sambre et Meuse » de Robert Planquette (1879) :
Incontournable marche militaire des défilés d’aujourd’hui, l’air de cette chanson est dans toutes les oreilles. L’auteur évoque les armées révolutionnaires de 1792 qui défendaient la nation dans les plaines de Belgique. « Nus, mal nourris; vous n’avez ni souliers, ni habits, ni chemises, presque pas de pains… » comme dira un peu plus tard le général Bonaparte. L’auteur s’inspire de ces paroles restées célèbres, et l’image ainsi idéalisée de ces soldats avait de quoi réchauffer le cœur des français, encore traumatisés par une défaite toute fraîche dans les mémoires…
Il ne semble pas que le régiment de Sambre-et-Meuse se soit distingué particulièrement pendant la Révolution, et les faits qui sont évoqués dans la chanson ne reposent pas sur des événements historiques.
Refrain:
Le régiment de Sambre-et-Meuse
Marchait toujours aux cris de Liberté
Cherchant la route glorieuse
Qui l’a conduit à l’immortalité.
Voir le site
perso.club-internet.fr/bmarcore/mil/mil139.html
Voir aussi dans
Les châteaux de sable
Complément
Je me permets juste une petite remarque sur ce commentaire qui me semble mal informé. En effet, la référence au « Régiment de Sambre et Meuse » qui ne se serait pas illustré pendant les guerres de la Révolution est fausse en cela que ce régiment n’a jamais existé. Le titre de la chanson citée évoque en fait l’ensemble des régiments qui appartenaient à l’Armée de Sambre et Meuse, la plus célèbre des armées de la Révolution.
Lui, le pacifiste bêlant
Pacifistes bêlants
Il semble qu’à l’origine, cette expression qui est une référence aux moutons bêlants qu’on emmène à l’abattoir, est empruntée à la prose oratoire d’Hitler :
« … non la paix préconisée par les pacifistes bêlants, qui s’avancent la larme à l’oeil, en balançant les palmes, mais la paix qui découle de l’épée maniée, au nom de l’ordre, par un peuple de maîtres. »
Mais elle a eu un succès incroyable depuis un demi-siècle sous la plume de tous ceux qui veulent en découdre, qu’ils soient fascistes ou démocrates, on l’a encore lue récemment dans la presse des dizaines de fois à propos de l’Irak.
Qui fabriquait des cerfs-volants
Avec le drapeau tricolore.
Et bien, ce malheureux tocard
Faisait tout ça vainement, car
Étant comme cul et chemise
Avec les maris, il ne put
Jamais parvenir à son but
Toucher à la fesse promise.
Moïse
C’est Moïse qui, malgré tous ses efforts et ses mérites, n’est jamais arrivé à toucher la Terre Promise.
Ravis, ces messieurs talonnaient
Ce bougre qui les flagornait
Flagorner
Flatter
À la ville, comme à la campagne,
Ne lui laissant pas l’occasion
De se trouver, quell’ dérision,
Seul à seul avec leurs compagnes.
Et nous, copains, cousins, voisins,
Profitant (on n’est pas des saints)
De ce que ces deux imbéciles
Se passaient rhubarbe et séné,
Rhubarbe et séné
Deux plantes aux vertus laxatives.
L’expression « Passe-moi la rhubarbe, je te passe le séné » signifiait: « Rends-moi service et je te rendrai un service équivalent. » On dirait sans doute aujourd’hui: Je te renverrai l’ascenseur.
On s’partageait leur dulcinée
Dulcinée
C’était à l’origine un prénom, celui de la dame dont était amoureux Don Quichotte. Elle s’appelait Dulcinée de Tobosa. Il faut relire Don Quichotte (1755), qui nous a donné des tas d’expressions encore bien vivantes comme « se battre contre des moulins à vent », « le chevalier à la triste figure », sans parler de Rossinante, qui était le nom de son cheval.
Qui se laissait faire docile.
Et, tandis que Lèche-cocu
Se prosternait cornes au cul
Devant ses éventuelles victimes,
Par surcroît, l’on couchait aussi
La morale était sauve ainsi
Avec sa femme légitime.

Georges Brassens
(1976 – Don Juan, 12)

On est loin de la reprise approximative de notre ex-président, ou de son sens de l’accessibilité en simplifiant (à bon escient ?) l’expression d’origine.

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