A vendre !

Ou à condamner ?

Il y a quelques années, et sans doute comme beaucoup de gens, de par sa logique exponentielle, j’ai fait ce qu’on appelle de la vente multi-niveaux. Sujet délicat.

Ce type de vente peut très vite dégénérer, ne serait-ce déjà que par sa confusion avec sa soeur (presque) jumelle, la vente pyramidale, ou par son assimilation à une « secte« . Les 2 mots sont lachés.

Beaucoup d’articles sur internet sont consacrés à ces 2 types de ventes, mais comme pour beaucoup de choses, mon credo reste que l’on ne peut parler d’une chose tant que l’on ne l’a pas testée.
C’est donc ce que j’ai fait.

La vente pyramidale.
Ce type de vente est illégal, contrairement à la vente multi-niveaux qui, elle, est légale.
Les 3 différences majeures entre les 2 sont que, pour la vente pyramidale :

  • On gagne de l’argent sur le « recrutement » de « filleuls »
  • Une personne qui « recrute » un de ses « filleuls » gagnera toujours plus que lui, ou accédera au niveau « ultime » avant son/ses filleuls.
  • Il n’y a pas forcément de vente de produit.

Ces 3 points clés ne doivent pas se retrouver dans une vente multi-niveaux.
Le meilleur exemple de la vente pyramidale est la chaine d’argent.
Je reçois une liste de 10 personnes par une personne. Cette personne est la 10e de la liste. J’envoie 5€ à la première personne de la liste, et en contre-partie, je reçois 5 nouvelles listes, où je me retrouve en 10e position, et où mon parrain se retrouve désormais en 9e position. Charge à moi désormais de retrouver jusqu’à 5 filleuls pour continuer la chaîne et remonter ainsi de niveaux en niveaux.
L’absurdité de ce système se démontre simplement par sa logique mathématique.

Limitons-nous à 3 filleuls :
Le parrain A trouve 3 personnes. Ce qui implique déjà 4 personnes (1+3).
Ces 3 filleuls trouvent chacun à leur tour 3 filleuls. On parle donc désormais de 1+3+3×3 = 13 personnes.
Ces 9 (3×3) nouveaux filleuls trouvent à leur tour chacun trois filleuls. On parle donc désormais de 1+3+3×3+9×3 = 40 personnes.
Inutile d’aller plus loin, on distingue immédiatement une suite géométrique : Somme (x ->1 à n-1) de 3^x.
Ce qui signifie, pour une pyramide de 10 niveaux : 1+3+3^2+3^3+…+3^9 = 29524 personnes impliquées. A noter que, pour la pyramide d’argent, ma promesse de gain est donc de 5€ x 3^9 soit 98.415 €, ce qui peut-être très alléchant.
Maintenant que vous connaissez le principe, je vous invite à faire ces mêmes calculs pour 5 filleuls, et 10 €, ce qui vous fera, au choix, apparaître des euros en or dans les yeux, ou prendre un air désabusé, de par le nombre de personnes impactées.
Travers de ce principe, et en gardant les mêmes données de base (3 filleuls), si vous arrivez en 11e position, il y a déjà 29524 perosnnes qui sont au courant de ce système et 3^10 (moins vous) personnes qui cherchent à faire comme vous, soit 59.048 personnes. Faites un peu ces mêmes calculs si vous arrivez en 22e position (10.460.353.203 personnes soit plus que d’habitants sur terre !)
Ce principe n’est donc pas viable, ou valable uniquement si vous faites partie des premiers.

Dans une vente multi-niveau (MLM, multi-level marketing, marketing multi-niveau, marketing par réseau, network marketing), les caractéristiques sont pratiquement les mêmes (d’où la confusion), sauf que :

  • Le parrain devra faire un minimum de chiffre d’affaires pour gagner sa commission sur la vente de ses filleuls (montrer l’exemple).
  • S’il y a des frais d’inscription (50 € ?), le parrain ne gagne aucune commission sur cette inscription.
  • Pas de stock à se constituer.

Le principe, comme dans beaucoup de réseaux de vente classiques, est que le parrain doit motiver son équipe, l’aider, et montrer l’exemple.
On y voit tout de suite la différence :

  • Mon parrain ne réussira pas forcément (s’il ne fait pas de vente),
  • Je ne compte pas forcément sur les autres pour gagner de l’argent, je n’ai qu’à vendre pour faire du chiffre, la commission sur les ventes de mes filleuls n’étant qu’un « bonus ».

La vente multi-niveau selon Wikipédia.

La vente multi niveaux (ou, selon l’organisme qui l’emploie, marketing relationnel, marketing à paliers multiples, vente en réseau par cooptation, marketing de réseau, etc.), en anglais multi level marketing, désigne une structure du réseau de vente dans laquelle les revendeurs peuvent parrainer de nouveaux vendeurs, et être alors en partie rémunérés par une commission sur les ventes des recrues.

La vente pyramidale selon Wikipédia.

La vente pyramidale est une forme d’escroquerie dans laquelle le profit ne provient pas vraiment d’une activité de vente comme annoncé, mais surtout du recrutement de nouveaux membres. Le terme pyramidale identifie le fait que seuls les initiateurs du système (au sommet) profitent en spoliant les membres de base.

Une secte ?
Revenons sur la définition d’une secte. En 1997, un rapport ministériel a édifié les caractéristiques d’une secte et ce pour permettre de recenser les organismes qui correspondaient à cette définition.
Comme le reprend suffisament bien Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Secte), on y retrouve 3 principes :

  • un gourou,
  • une doctrine,
  • des rites.

Dans ce rapport, on y retrouvait justement une entreprise (confrérie ?) de vente multi-niveaux qui défrayait la chronique à l’époque : le groupement, ou GEPM, dont le représentant était assimilé à un gourou (donc), Jean Godzich.
Le problème a été que, de par son principe relativement puissant, le système de vente multi-niveaux mis en place par le GEPM, a connu un succés fulgurant à l’époque, allant même jusqu’à avoir sa propre équipe cycliste dont le leader se retrouva en maillot jaune sur la première marche du podium. Ce succés a commencé à inquiéter les grands du marché (L’Oréal, Procter & Gamble,…), et, peut-être alertés par ces derniers, les média ont commencé un peu à fouiller dans les principes quelques peu polémiques de cet organisme.
Pour une assimilation à une secte, tous les ingrédients y étaient. On pouvait d’ailleurs les retrouver dans le rapport ministériel :

  • Un gourou : Jean Godzich
  • Un but : l’argent
  • Une doctrine : gagner encore et toujours plus d’argent par n’importe quel moyen.
  • des rites : conférences, conventions, séminaires de motivation (endoctrinement)

Il ne fallut pas longtemps au « 4e pouvoir » pour détricoter ce système un peu flou, ainsi que ces pratiques légérement ambigues, et appuyer « là où ça fait mal ».
Depuis, tel le phénix, le GEPM a essayé de se retrouver une nouvelle identité, mais sans retrouver la gloire de ce magnifique oiseau. (http://prevensectes.com/ventes.htm)
A contrario, un organisme comme Amway, fondateur du système de vente mutli-niveaux, n’a jamais inquiété le gouvernement, de par sa rigueur, mais a néanmoins connu un grave recul, causé par le discrédit jeté sur ce système par l’affaire GEPM.

Pour résumer (et pour moi), toute cette affaire se synthétise par un principe clé de la notion de secte : la perte du libre arbitre.

Ainsi, lorsque l’on vous vous retrouvez embarquer dans ce genre de situation, posez-vous les bonnes questions :
– Est-ce que mon « manager » gagne de l’argent sur mon recrutement ?
– Y’a-t-il quelque chose de concret à vendre ?
– Est-ce que mon manager gagnera toujours forcément plus que moi, sans rien faire, ou doit-il faire un minimum de vente pour toucher sa commission ?
ET SURTOUT :
– Cette activité me rapporte-t-elle plus qu’elle ne me coûte ?

Mais au-delà de tout, et ce pour n’importe quelle situation d’ailleurs (ce qui vaut également en cette pleine période électorale), posez-vous simplement L’ULTIME question : « ai-je perdu mon libre arbitre ? ».

En d’autres termes, « Suis-je en train de dire/penser ce que je veux, ou ce que l’on m’a inculqué à dire/penser ? ». « Ce produit est-il bon parce que j’ai toutes les preuves pour dire qu’il est bon, ou est-il bon parce qu’on m’a poussé à croire et à dire qu’il était bon, sans même me le prouver ». De la définition de doctrine.
Quand on se retrouve à vendre à ses parents ou à ses proches, des barils de lessive à 25 €, ou des raclettes à vitres à 17 €, sans faire de prix d’ami ou de prix coutant (« Ils t’aident à construire ton entreprise ! »), on doit être en droit de se poser la question.

En même temps, vous pouvez vous poser cette autre bonne question : « en définitive, dans l’entreprise dans laquelle je travaille, les mêmes principes ne sont-ils pas appliqués ? » (« On me pousse à croire que mon entreprise est la meilleure, que ses produits sont les meilleurs, et mon manager me pousse à vendre, pour gagner sa commission sur les bénéfices de son équipe »).
Prenons l’exemple d’un télévendeur de fournisseur d’accés à internet par le câble (sujet d’actualité).
Il va vendre son système, persuadé (ou pas) que c’est le meilleur du marché, sans se soucier forcément d’avoir le retour du service après-vente, et sans forcément se demander s’il est effectivement le meilleur. Son souci : vendre et gagner son pain quotidien. Lui aussi pourrait être en droit de se poser les bonnes questions, et considérer qu’il est rentré dans une « secte de l’argent ».

Mon sentiment
J’ai arrêté pour 2 raisons :
– Pas la fibre commerciale
– Cette activité commençait à me prendre trop de temps et commençait à trop empiéter sur mon activité principale et sur mon environnement familial.
Ceci étant dit, j’en garde un très bon souvenir, et l’impression d’une bonne école, activité qui amène à se poser beaucoup de questions et à rester suffisament objectif par rapport à ce qui se présente à nous dans la vie de tous les jours.

Questions annexes :
– Lorsque vous parrainez quelqu’un à France Loisirs, le faites-vous parce que le système est bon, ou pour la crépière en cadeau de parrainage ?
– Lorsque vous promotionnez un produit qui vous a réellement plû (le dernier livre que vous avez lû), garderiez-vous le même avis objectif, ou la même crédibilité, si vous touchiez une commission sur les ventes de ce produit ?

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  1. vittet
    29/12/2011 à 15:03

    j’ai travaillé avec le GEPM et rencontré Jean godzich et Thierry Vavasseur
    ce fut une formidable école, j’ai retrouvé confiance en moi grâce aux différentes réunions de formations payantes il est vrai (en tant que couturiére à mon compte je payais des fortunes pour me perfectionner…) je suis toujours dans le domaine du multiniveau et vente directe
    et je ne changerai pour rien au monde, ma liberté de travail est primordiale
    je gagne en fonction du travail réalisé, travailler plus pour gagner plus est vrai en vente directe.
    je ne me suis jamais retrouve dans une secte, en france réussir dérange

  2. Helen
  1. 21/02/2016 à 23:46

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