La loi du talion

 
Quand on parle de respect, je me dis qu’on ne peut pas évoquer la loi du talion…
J’en parlais doucement ici
Est-ce que la loi du talion peut nous en apprendre sur la notion de respect ? Sûr, pas sûr ?
On pourra même évoquer l’antagonisme entre le nouveau (Matthieu 5,38-42) et l’ancien testament (Exode 21,23-25 par exemple).
 
Enfin, toujours pareil, trop de vengeance, ou trop de tolérance, je ne sais pas vraiment si l’on peut déjà parler de respect…
Suite dans un futur billet…
 
Petit résumé (en même temps, wikipédia, la référence, en parle très bien) :
 
La loi du Talion
1 Définition
Le Talion est la vengeance qui consiste à faire subir à l’offenseur un dommage identique à celui qu’il a causé. [La loi du Talion est très souvent symbolisée par "oeil pour oeil, dent pour dent"].
Le châtiment qui sanctionne sans prévenir est la vengeance. C’est une réponse quasi-arithmétique que fait la société à celui qui enfreint sa loi primordiale.
Malgré sa cruauté, la loi du Talion constitue un progrès par rapport à la loi primitive de la vengeance individuelle, puisqu’elle restreint celle-ci à la réciprocité : on ne peut plus se venger par n’importe quel acte ; qui m’a fait mal doit avoir mal, qui m’a crevé un oeil doit devenir borgne, qui a tué doit mourir. Il s’agit là d’un sentiment et non d’un principe.
Le Talion est de l’ordre de la nature et de l’instinct et non de l’ordre de la loi. La loi, par définition, ne peut obéir aux mêmes règles que la nature. Si le meurtre est dans la nature de l’homme, la loi n’est pas faite pour reproduire ou imiter cette nature, mais pour la corriger. Or le Talion se borne à ratifier et à donner force de loi à un pur mouvement de nature.
2 Evolution
2.1 Origine de la loi du Talion
La loi du Talion apparaît dans le code d’Hammurapi. On la rencontre également dans la Grèce archaïque et à Rome. Petit à petit, le Talion disparaît au profit de condamnations pécuniaires. Mais à la suite des invasions germaniques (Vème siècle de notre ère), profitant de la justice publique, le Talion s’installe de nouveau.
2.2 Le judaïsme, le christianisme et la loi du Talion
La législation biblique détaille ainsi la loi du Talion :
–  Genèse, IX, 6 : "Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car Dieu a fait l’homme à son image"
– Exode, XXI, 23-24 : "Mais s’il y a un accident, tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied"
–  Lévitique, XXIV, 18-19 : "Celui qui frappera un animal mortellement le remplacera : vie pour vie. Si quelqu’un blesse son prochain, il lui sera fait comme il a fait"
– Nombres, XXXV, 19 : "Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier ; quand il le rencontrera, il le tuera"
–  Deutéronome, 19-21 : "Tu ne jetteras aucun regard de pitié : oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied."
Cependant, dans la société hébraïque, les livres de l’Exode et du Lévitique citent d’assez nombreux délits passibles de la peine de mort, comme l’adultère ou l’idolâtrie. De plus, le christianisme accepte le principe de la punition légale comme "anticipation du juste jugement de Dieu".
Le christianisme a d’ailleurs une position ambiguë, puisque, à la fois, il accepte la punition légale comme anticipation du jugement de Dieu ("Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal", Epitre aux romains, XIII, 4) et il constate que la violence appelle la violence ("Tous ceux qui prendront l’épée périront par
l’épée", Mathieu, XXVI, 52), et ce malgré la clarté du premier des Dix Commandements : "Tu ne tueras point". Le christianisme a donc hérité de la tradition juive la légitimité de la peine de mort, et a trouvé celle-ci mise en pratique quotidiennement dans l’Empire romain, son premier terrain d’expansion. le souverain, perçu comme le représentant de Dieu sur terre dans le domaine
temporel, jouit du pouvoir divin sur l’homme, celui de supprimer la vie.
2.3 L’Islam et la loi du Talion
Le Coran insiste sur le respect de la vie d’autrui : "Celui qui a tué un homme qui lui-même n’a pas tué, ou qui n’a pas commis de violence sur la terre, est considéré comme si’il avait tué tous les hommes, et celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes" (verset 5, 32).
Cependant, ce respect n’est pas absolu. En cas d’homicide volontaire, le Coran donne aux ayants droit la possibilité de se venger sur le coupable en application de la loi du Talion : "Ne tuez pas l’homme que Dieu vous a interdit de tuer sinon pour une juste raison. Lorsqu’un homme est tué injustement, nous donnons à son propre parent le pouvoir de se venger" (verset 17, 33).
La Sunnah de Mahomet, qui aurait dit : "Celui qui change sa religion, tuez-le", requiert la mise à mort à l’offenseur. Ce délit est imprescriptible et ne peut faire l’objet de grâce de la part des autorités. Seul le repentir peut éviter à l’apostat d’encourir la peine de mort. C’est en vertu de ce principe que l’imam Khomeny a émis sa fameuse fatwa à l’encontre de Salman Rushdie.
2.4 Du XVIIIème siècle à aujourd’hui
Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe allemand, a parlé en faveur de la Loi du Talion en énonçant que "la peine ne peut jamais être infligée uniquement comme moyen de restaurer le bien sous une autre forme, soit pour le criminel lui-même, soit pour la société civile, mais doit toujours être prononcé contre lui pour la seule raison qu’il a commis un crime". Il rejoint ainsi, par l’autre
bout, les explications ls plus courantes ou les plus anciennes : l’égalité des peines n’est possible que par l’arrêt de mort prononcé par le juge d’après la stricte loi du Talion.
Dans les états qui pratiquent encore la peine de mort, l’un des arguments utilisés est la force de dissuasion de la peine capitale. Toutefois, et les criminologues sont d’accord sur ce point : il n’en est rien. On doit donc admettre que l’argument majeur reste bien la loi du Talion : celui qui a tué doit être tué, la Justice étant alors réellement porteuse du désir de vengeance de la famille
ou de la population en général.
3 D’un point de vue juridique
Aujourd’hui, le principe nous paraît barbare et bien éloigné de l’idée de justice, puisqu’il s’agit avant tout de vengeance, dans la stricte réciprocité, soit, mais de vengeance bien réelle tout de même.
Nous vivons dans une société qui défend un certain nombre de principes : les sociétés démocratiques considèrent en effet qu’il est impossible de se faire justice soi-même, qu’une personne impliquée dans un problème peut difficilement être objective vis-à-vis de la situation qu’elle vit.
On dit ainsi que nul ne peut être à la fois juge et parti.
Les sociétés démocratiques veulent aussi relever un défi et dépasser le rôle de punition et d’autoprotection d’un jugement (que la sanction soit l’amende, la détention, voire la peine de mort dans certains états). Comment punir les condamnés et comment les réintégrer à la société ?
Les peines alternatives, les programmes de réinsertion sont des réponses partielles, pas toujours des solutions.
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  1. Unknown
    07/12/2006 à 10:02

    Je n\’ai pas de réponse. Je te cite  juste ce chef d\’eouvre qu\’est "Une vie boulversée " d\’Etty HILLESUM, qui le journal d\’une déportée juive Hollandaise de 1941 à 1943.  Voici un extrait :
     "C\’est une expérience de plus en plus forte chez moi ces derniers temps : dans mes actions et mes sensations quotidiennes les plus infimes se glisse un soupscon d\’éternité. Je ne suis pas la seule à etre fatiguée, malade, triste ou angoissée, je le suis  à l\’unisson de millions d\’autres à travers les sciècles, tout cela c\’est la vie; la vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l\’on sache y ménager une place pour tout et la porter toute entière en soi ds son unité; alors la vie, d\’une manière ou d\’une autre, forme un ensemble parfait.
    Dés qu\’on refuse ou veut éliminer certains éléments, dés que l\’on suit son bon plaisir ou son caprice pour admettre tel aspect de la vie ou en rejeter un autre, alors la vie devient en éffet absurde[…]
    Je suis reconnaissante de n\’éprouver ni rancoeur ni haine, mais de sentir en moi un grand acquiessement qui est bien autre chose que la résignation, et une forme de compréhension de notre époque, si étrange que cela puisse paraitre! Il faut savoir comprendre cette époque comme on comprends les gens; aprés tout, c\’est nous qui faisons l\’époque. Elle est ce qu\’elle est, à nous de la comprendre en tant que telle, malgré l\’éffarement que son spéctacle nous inflige parfois.
    Une chose est sure ; on doit tout accepter, être prêt à tout et savoir qu\’on ne saura jamais nous prendre nos retranchements les plus secrets; cette pensée vous donne un grand calme intérieur et l\’on se sent à même d\’accomplir les démarches pratiques réclamées par les circonstances. Là ou l\’on est, être présent à cent pour cent.[….]
    Je ne pense plus en termes de projet ou de risque : advienne que pourra, et tout sera bien."
     
    Etty est morte quelques semaines aprés avoir écrit ces mots dans le camp de Westerbork.

  2. Curtis
    13/12/2006 à 04:32

    Merci Magnolia ! Fidèle lectrice !
     
    Dis, ce n\’est malgré tout pas très gai ce que tu nous racontes là… 😉 Même si cela fait partie de l\’histoire, de NOTRE histoire !
    Le "Advienne que pourra" correspond assez à mon tempérament un peu fataliste, mais Dieu merci, nous avons la chance de ne plus vivre ce genre de situation alors que d\’autres si sous parfois des enjeux économiques qui nous dépassent malheureusement !
    Effectivement, nous sommes nous-mêmes notre premier sanctuaire à protéger et préserver, mais j\’aimerais voir qq chose de plus gai dans tout ça ! 😉
    Il y a des gens BEAUCOUP plus malheureux que nous, et même si nous avons le droit des fois de s\’apitoyer sur notre sort, c\’est bien d\’y penser pour se rebooster.
    Mes parents ont connu la guerre, devoir faire des kilomètres à pieds, parfois même en brouette ! Ne plus avoir que des rats à manger… Et nous, qu\’avons-nous pour nous plaindre ? Un combat Sarko-Ségolène pour nous distraire… Bof !
    Ce que je retiens, c\’est que l\’on a tous le droit de nous apitoyer, mais il faut se rendre compte qu\’au final, on n\’est pas si mal loti que ça et qu\’il y a nettement pire que nous, et que l\’on peut se permettre, pour ces gens, de relever la tête et de continuer à avancer… pour eux, qui ne le peuvent peut-être déjà plus ! 😉
     

  3. Unknown
    13/12/2006 à 15:05

    merci d\’avoir pris le tps de me répondre.

  1. 20/02/2011 à 23:48
  2. 15/11/2015 à 23:49

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